Les fondements en éducation

     À la lumière des activités réalisées dans le cadre du module 1, je constate que les pratiques d’enseignement actuelles sont guidées par un ensemble de réflexions visant à déterminer « comment enseigner pour faire apprendre » (Ménard et St-Pierre, 2014, p. 14). Cette réflexion s’articule notamment à travers l’étude du passage complexe et circonspect du paradigme positiviste vers le constructivisme.

    Le constructivisme est un cadre de référence permettant d’orienter les réflexions de l’enseignant (Jonnaert (2006); Ménard et St-Pierre (2014)). Tandis que les positivistes estiment que la connaissance est une réalité extérieure à l’individu devant être transmise par un « enseignant dispensateur » (Alexandrie FGA, 2015), les tenants de l’hypothèse constructiviste considèrent la connaissance comme une construction personnelle qui s’établit lorsque l’individu crée des liens entre son projet de connaissance, ses connaissances antérieures ainsi que ses expériences subjectives (Jonnaert, 2006; Leduc et Potvin-Rosselet, 2020). L’enseignant, dans cet ordre d’idées, est considéré comme un médiateur devant favoriser le développement des habiletés cognitives et métacognitives des étudiants (Alexandrie FGA, 2015; Leduc et Potvin-Rosselet, 2020).

    Certains éléments clés du paradigme constructiviste me semblent cependant difficiles à appliquer à l’enseignement de certaines matières. Ayant moi-même pour objectif d’enseigner le cinéma, je me demande comment proposer des tâches complexes et réalistes liées aux théories analytiques du cinéma afin que les étudiants puissent les réintégrer hors de la classe. Autrement dit, comment orienter ma pratique enseignante en fonction du paradigme constructiviste?

    Pour répondre à ces questions, la méthode des « 3C du changement », de Francoeur et Boily me semble incomplète (Alexandrie FGA, 2015). Certes, il est essentiel de réévaluer continuellement sa pratique enseignante en se demandant ce que l’on devrait Cesser, Continuer et Commencer à faire. Mais ne serait-il pas également pertinent de se demander pourquoi nous devrions effectuer ces changements? Une piste de solution à cette réponse se retrouve, à mon avis, dans la conférence de Marc Demeuse (CFPU UMONS, 2016).

    Demeuse fait référence à Michel Saint-Onge, qui a dégagé huit postulats parfois mobilisés par l’enseignant supposant que l’étudiant doit « s’arranger pour […] apprendre » (CFPU UMONS, 2016). Lors de mes études postsecondaires, j’ai rencontré si souvent ce type de cadre transmissif que j’en suis venue à noter les choses qui me plaisaient et déplaisaient chez mes enseignants afin d’avoir accès à cette perspective étudiante lorsque viendrait le temps de réfléchir à ma propre pratique enseignante. En relisant ce document, je constate que, si je conjugue les postulats de Saint-Onge aux six fonctions de l’enseignement de Barak Rosenshine, il me sera possible d’établir des stratégies qui me permettront d’éviter certains pièges que je décriais autrefois. Par exemple, je prendrai soin de « faire le rappel des connaissances antérieures signifiantes […] aux apprentissages nouveaux » (Rosenshine cité dans CFPU UMONS, 2016) afin d’éviter de présumer que les apprenants possèdent « les connaissances préalables […] pour arriver à suivre les exposés » (Saint-Onge, 1987).

    Pour conclure, j’aurais souhaité en apprendre davantage sur les limites de l’adoption du paradigme constructiviste dans le milieu de l'éducation québécoise actuelle. Les enseignants, par exemple, ont-ils le temps et les outils nécessaires à la planification de tâches complexes ainsi qu’à l’évaluation de leurs étudiants par l’entremise de ces dernières? En définitive, il me semble difficile d’envisager un véritable changement de paradigme tant que nous n’exigerons pas de formation pédagogique chez nos enseignants postsecondaires.


Bibliographie

Alexandrie FGA. (2015, 16 octobre). D’un paradigme à l’autre, par Martin Francoeur et Vanessa Boily [vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=ZxhrvF-y2hU&feature=youtu.be

CFPU UMONS. (2016, 1er juin). Passage du paradigme de l’enseignement à celui des apprentissages dans l’enseignement universitaire [vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=9_W9YV23kN8&feature=youtu.be

Jonnaert, P. (2006). Constructivisme, connaissances et savoirs. Transfert, Journal semestriel de la formation pédagogique des enseignants-stagiaires du secondaire, 3, 5-9.

Leduc, D. et Potvin-Rosselet, É. (2020). Deux paradigmes, deux logiques. [vidéo]. Université du Québec à Montréal - Panopto. https://uqam.ca.panopto.com/Panopto/Pages/Viewer.aspx?id=2b2fb663-99b3-4328-a202-ab3b0106b25d

Ménard, L. et St-Pierre, L. (dir.). (2014). Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur (1ère éd.). Montréal : Association québécoise de Pédagogie collégiale.

Saint-Onge, M. (1987). Moi j’enseigne, mais eux, apprennent-ils? Pédagogies collégiales, numéro pilote. Récupéré le 25 septembre au https://aqpc.qc.ca/sites/default/files/revue/saint_onge_michel_00.pdf

Commentaires

  1. Bonjour Claudine,

    J'ai eu grand plaisir à lire ton billet, principalement parce qu'à mon sens, tu soulèves de forts importants questionnements quant à l'adoption du paradigme constructiviste dans les milieux de l'éducation. J'ai souligné ton questionnement quant à la transformation des tâches traditionnelles en tâches complexes, principalement lorsque l'objet de connaissance implique des savoirs théoriques. Je n'ai pas de réponse toute faite pour toi, mais je crois qu'un apprentissage inductif, dans lequel l'apprenant aura à découvrir grâce à l'exploration de plusieurs exemples la théorie générale qui les sous-tendent. Aussi, différents modes d'apprentissages permettent aux étudiants de coconstruire leurs connaissances par l'interaction avec leurs pairs (je pense notamment à l'apprentissage coopératif). Ce n'est pas exhaustif, mais ça peut éventuellement te donner des idées!
    J'ai été agréablement surprise de lire que tu avais pris soin de noter ce qui, dans la pratique enseignante, te plait et te déplait : je te souhaite de poursuivre cette pratique afin que ces observations se transformeront éventuellement en une solide intuition qui guidera tes choix pédagogiques. Tes futurs étudiants auront de la chance d'avoir une enseignante aussi réflexive que toi!
    Enfin, je ne peux passer sous silence les limites à l'implantation du paradigme constructiviste que tu soulignes à la fin de ton blog : mon expérience se limite possiblement à l'enseignement auprès d'enfants du primaire, mais je peux te confirmer que ce que tu cibles est bien réel tant dans la formation initiale (dont les cours sont trop souvent inspirés d'un paradigme de l'enseignement) que dans le quotidien des enseignants. Le temps est, à mon sens, le principal obstacle qui freine la transformation : un investissement de temps considérable est à prévoir lorsque l'on désire révolutionner son enseignement. Même en investissant tout le temps nécessaire, la partie n'est pas gagnée, puisqu'il faudra ensuite composer avec les commentaires de collègues usés par le système, lesquels n'auront pas la force de suivre la vague. Cependant, je tiens à te faire remarquer le mot que j'ai utilisé par rapport au temps : je parle d'un investissement, soit une dépense qui amènera un réel bénéfice, celui du développement de compétences réelles, signifiantes et utiles pour les étudiants.
    Bonne poursuite de réflexion!
    Natacha

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  2. Bonjour Claudine !
    Ton billet m'a touché car, j'ai fait mes études en Études du cinéma, (oui c'est répétitif, mais c'est ainsi que se nommait le programme!), et je pensais qu'en tant que futur éducateur en compréhension de l'art visuel , j'allais être un des rares, où même le seul, à douter de certaines facettes de l'approche constructiviste. Dans mon propre blogue, je me suis également questionné sur l'efficacité des méthodes lorsqu'il s'agit d'apprentissages concrets, tel que des apprentissages logico-mathématiques par exemple... Car comment peut-on fournir les outils pour construire sa propre connaissance avec des chiffres et des formules déjà pré-établies dans l'univers? Les outils transmits ne servent qu'à aboutir au même résultat qu'une autre personne faisant le même calcul pour en arriver à la même, bonne réponse. Puis après, j'ai réfléchi un peu à la question et je me suis dit que pour les disciplines, plus abstraites, plus verbalement complexes, qui se basent encore sur des théories pour expliquer des enjeux sociaux ou des choix créatifs, comme l'art ou les sciences humaines, le constructivisme ne pourrait-il pas être un paradigme qui mériterait d'être consulté? L'approche constructiviste pourrait contribuer à l'aide du développement du sens critique, par exemple, ou de l' « art » de la réthorique, de l'expression de soi, de la créativité. Je pense que c'est sous cet angle que cette approche peut s'avérer intéressante si l'on considère que l'art et la littérature ne sont le reflet d'une certaine subjectivité humaine, c'est-à-dire d'une interprétation de la réalité qui diffère de personne, donc parrallèlement, une construction de connaissances.
    Je me souviens lors de mon séjour dans mon programme, nous avions souvent la possibilité de remettre un travail dans lequel nous étions libre de choisir notre film, notre scène, ou notre méthode d'analyse, en relation avec les concepts appris dans nos lectures. Qu'est-ce qui m'aidait à choisir le film en lien avec le sujet sur cours? Ma variété de vieilles connaissances! Mon expérience de films visités et re-visités; bref mon gros super-club vidéo enregistré dans mon cerveau!
    Je trouve ça bien de douter et de questionner, il ne faut pas oublier que ces paradigmes sont des cadres de références sans véritables fondements, et en tant que futurs ''guides'' de l'apprentissage, notre esprit critique doit continuer de s'épanouir afin que d'autres le puissent.

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